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Sénégal / Affaire des couches et serviettes hygiéniques Softcare : ce qui s’est réellement passé

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Sénégal / Affaire des couches et serviettes hygiéniques Softcare : ce qui s’est réellement passé

Sénégal / Affaire des couches et serviettes hygiéniques Softcare : ce qui s’est réellement passé

  • Jean Marie Meyo
  • 7 mars 2026
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Au Sénégal, l’affaire des couches pour bébés et serviettes hygiéniques Softcare a provoqué une vive polémique mêlant autorités sanitaires, inspecteurs pharmaceutiques, organisations de la société civile et consommateurs. Accusations de produits potentiellement dangereux, soupçons de corruption et confusion institutionnelle ont transformé ce dossier en véritable crise sanitaire et médiatique. Retour détaillé sur une affaire qui secoue le pays depuis décembre 2025.

Une alerte sanitaire lancée par l’Agence de régulation pharmaceutique

La controverse débute le 8 décembre 2025, lorsque l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (ARP) publie une note officielle ordonnant le retrait immédiat du marché des couches et des serviettes hygiéniques de la marque Softcare.

Cette décision vise des produits devenus en seulement deux ans extrêmement populaires au Sénégal, notamment en raison de leur prix très accessible. Les couches pour bébés étaient commercialisées autour de 100 francs CFA (environ 15 centimes d’euro), ce qui a contribué à leur large diffusion auprès des familles.

Selon les inspecteurs de l’ARP, plusieurs composants entrant dans la fabrication des produits seraient problématiques.

Des substances potentiellement dangereuses pointées du doigt

D’après Moussa Diallo, inspecteur au sein de l’agence, différents matériaux utilisés dans la fabrication des produits sont concernés : le coton, les polymères superabsorbants et d’autres éléments entrant dans la composition des couches et des serviettes hygiéniques.

Ces substances pourraient provoquer divers problèmes de santé.

« Des cas d’infections génitales et urogénitales, mais aussi des allergies sur la peau et les muqueuses peuvent survenir. Certaines substances pourraient même être cancérigènes », a-t-il expliqué.

Ces révélations ont rapidement suscité une forte inquiétude parmi les consommateurs, en particulier chez les parents de jeunes enfants et les utilisatrices de protections hygiéniques.

Une usine déjà sous surveillance depuis 2024

L’affaire est d’autant plus sensible que ce n’est pas la première fois que l’usine Softcare située à Sindia, au Sénégal, attire l’attention des autorités sanitaires.

En janvier 2024, l’ARP avait déjà mené une inspection du site après la plainte d’une association de femmes dénonçant des cas d’intolérance et d’allergies liés à l’utilisation de ces produits. Les inspecteurs avaient alors identifié plusieurs défauts de qualité, sans que des mesures de retrait ne soient prises à l’époque.

Revirement inattendu des autorités sanitaires

La situation prend un tournant inattendu quelques jours plus tard. Le 16 décembre 2025, l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique publie un nouveau communiqué qui contredit la première décision.

Dans ce document, l’agence affirme que les matières premières périmées n’auraient finalement pas été utilisées dans la fabrication des produits.

Elle conclut même que :

« Les produits Softcare sont jugés conformes, propres à la consommation et peuvent être commercialisés. »

Ce revirement crée une forte confusion au sein de l’opinion publique et au sein même de l’administration.

Des inspecteurs dénoncent une manipulation

Face à cette nouvelle position de leur hiérarchie, Moussa Diallo et deux autres pharmaciens inspecteurs prennent publiquement la parole le 18 décembre 2025.

Ils dénoncent ce qu’ils considèrent comme une manœuvre interne et maintiennent leur recommandation initiale demandant le retrait des produits du marché.

Dans ce climat déjà tendu, une enquête administrative conjointe du ministère de la Santé et du ministère du Commerce est ouverte le 19 décembre, mais passe presque inaperçue à ce moment-là.

Accusations de tentative de corruption

La crise prend une nouvelle dimension lorsque Moussa Diallo affirme avoir été approché à plusieurs reprises par des représentants de l’usine Softcare.

Selon lui, ces derniers auraient tenté de le corrompre à quatre reprises, en lui proposant une mallette remplie d’argent afin d’influencer son rapport.

L’inspecteur affirme détenir des preuves de ces tentatives de corruption, des accusations qui provoquent un véritable séisme à quelques jours des fêtes de fin d’année.

En réaction, les syndicats de l’ARP déclenchent une grève illimitée et exigent l’ouverture d’une enquête indépendante.

Une mobilisation de la société civile

L’affaire ne tarde pas à mobiliser plusieurs organisations de la société civile. Début janvier 2026, des mouvements citoyens s’interrogent publiquement sur les risques potentiels pour la population.

« Les enfants du Sénégal ont-ils été exposés à des produits dangereux ? », s’est notamment demandé le Front pour une révolution anti-impérialiste, populaire et panafricaine, appelant les autorités à publier les résultats d’analyses et d’inspection.

De son côté, l’association SOS Consommateurs annonce avoir saisi le parquet de Mbour le 6 janvier, tout en réclamant la protection de Moussa Diallo en tant que lanceur d’alerte, conformément à la loi adoptée le 26 août 2025.

Softcare dénonce des accusations diffamatoires

Face à la polémique, la société Softcare – filiale du groupe chinois Sunda – rejette fermement les accusations portées contre elle.

Dans un communiqué transmis à la presse le 3 janvier, l’entreprise évoque des déclarations diffamatoires et infondées et annonce avoir mandaté ses avocats afin d’engager des procédures judiciaires.

L’entreprise indique également avoir procédé à des prélèvements de produits déjà sur le marché, promettant de publier les résultats de ces analyses ultérieurement.

Un débat sanitaire plus large sur les produits d’hygiène

Au-delà de la polémique, l’affaire Softcare a mis en lumière un débat rarement abordé dans l’espace public : la composition chimique des produits d’hygiène jetables largement utilisés en Afrique.

Plusieurs experts rappellent que certaines associations alertent depuis des années sur la présence de produits chimiques blanchissants dans certaines serviettes hygiéniques.

Pour Stephan Nna Njeng, spécialiste en santé reproductive, plusieurs questions restent en suspens :

  • Quelles matières premières périmées auraient été utilisées ?
  • Les intrants auraient-ils été contaminés par des moisissures ?
  • Existe-t-il un risque réel pour la santé des femmes et des nourrissons ?

Selon lui, si la qualité des produits est gravement compromise, les conséquences sanitaires pourraient être importantes.

Une image de marque fragilisée

Ironie du calendrier, cette polémique intervient alors que la marque Softcare menait récemment une vaste campagne publicitaire au Sénégal avec le slogan : « Plus d’amour, plus de soin ».

Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, l’ambiance est bien différente. De nombreux internautes appellent désormais au boycott des produits du groupe chinois, illustrant la perte de confiance d’une partie des consommateurs.

L’enquête administrative et les procédures judiciaires en cours devraient permettre de déterminer les responsabilités et d’établir la vérité dans ce dossier devenu l’une des plus grandes controverses sanitaires récentes au Sénégal.

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