Sénégal / Manque de sang, un danger silencieux pour les patients en urgence
Au Sénégal, la transfusion sanguine reste un enjeu
crucial de santé publique. Chaque jour, des patients en situation d’urgence —
femmes enceintes, accidentés ou malades chroniques — dépendent d’une poche de
sang pour survivre. Pourtant, en pratique, obtenir ce précieux liquide vital
relève souvent du parcours de combattant, dans un contexte marqué par un
déficit chronique de dons.
Un manque chronique de sang
Malgré les efforts du Centre national de transfusion
sanguine, les chiffres illustrent l’ampleur du problème.
En 2024, environ 136 347 poches de sang ont été
collectées, alors que les besoins nationaux sont estimés à au moins 180
000 poches par an, soit un déficit d’environ 25 %. ()
Concrètement, les structures sanitaires distribuent en
moyenne 200 poches de sang par jour, alors que les besoins réels
atteignent 300 poches quotidiennes.
Une faible culture du don
Le manque de sang s’explique en grande partie par une
faible mobilisation des donneurs.
- Le
Sénégal compte environ 6 à 6,4 dons pour 1 000 habitants,
- alors que
l’Organisation mondiale de la santé recommande au moins 10 dons pour 1
000 habitants. ()
Par ailleurs, seule une minorité de la population
donne régulièrement son sang : environ 0,25 % des Sénégalais sont donneurs,
bien loin des standards internationaux.
Des familles contraintes de
chercher des donneurs
Face à cette pénurie, les familles des patients
deviennent les principaux acteurs de la recherche de sang.
Dans les hôpitaux, il n’est pas rare de voir des
proches lancer des appels urgents sur WhatsApp ou Facebook pour trouver des
donneurs compatibles.
Ce système informel entraîne des retards dans la prise
en charge, parfois fatals.
Des conséquences dramatiques
Le manque de sang a des conséquences directes sur la
mortalité, notamment chez les femmes enceintes.
Au Sénégal, environ 42 % des décès maternels sont
liés à des hémorragies, souvent aggravées par l’absence de sang disponible.
Plus globalement, le sang est indispensable pour :
- les
accouchements compliqués
- les
accidents graves
- les
anémies sévères chez les enfants
Dans ces situations, chaque minute compte.
Un système sous pression
Le pays dispose d’environ 38 structures de
transfusion sanguine réparties sur le territoire, mais leur capacité reste
limitée face à la demande croissante.
La pandémie de COVID-19 a également aggravé la
situation, avec une chute allant jusqu’à 75 % des dons de sang à
certains moments.
Des initiatives encourageantes mais
insuffisantes
Des campagnes de sensibilisation et des collectes
ponctuelles permettent d’améliorer temporairement les stocks.
Par exemple, certaines opérations peuvent mobiliser
massivement, avec jusqu’à 875 poches collectées en une seule journée
lors d’événements exceptionnels.
Cependant, ces efforts restent insuffisants pour
atteindre l’autosuffisance.
Au Sénégal, obtenir une poche de sang demeure un
véritable défi, révélateur des limites structurelles du système de santé mais
aussi du manque de culture du don.
Face à un déficit estimé à plusieurs dizaines de
milliers de poches par an, renforcer la sensibilisation, fidéliser les donneurs
et améliorer les infrastructures apparaissent comme des priorités urgentes pour
sauver des vies.


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